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Cameroun : Sébastien Ebala : « Des personnes tapies dans l’ombre veulent me maintenir en prison »

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L’activiste politique détenu à la prison centrale de Yaoundé depuis un an jour pour jour parle de son procès, de son combat et de certains faits marquant de l’actualité du Cameroun. Sébastien Ebala s’est confié en exclusivité à ledefenseur.com en cette date anniversaire de son enlèvement à partir de son lieu d’hospitalisation et c’est grâce à son garde-malade que nous avons pu l’avoir au téléphone.  

UN AN DE DETENTION SANS JUGEMENT

« 17  avril 2020-17 avril 2021. Cela fait jour pour jour un an que j’ai été interpellé par la milice ensauvageante, la SEMIL (Division de la Sécurité Militaire, ndlr), qui est le bras armé du pouvoir en place et où j’avais été physiquement endommagé. Vous l’avez vu sur la photo qui ne cesse souvent de circuler sur les réseaux sociaux. Le but était de m’éliminer physiquement, le but était que je succombe à ces actes de torture mais Dieu merci je suis debout, je tiens bon parce que lorsque vous vous engagez dans un combat comme celui-là, vous savez ce à quoi vous devez vous attendre surtout que vous avez en face de vous des personnes sans cœur, des personnes qui vous disent qu’il y a de la démocratie alors qu’elle n’existe que du bout de leurs lèvres. S’agissant de la date de ma prochaine comparution au tribunal de première instance de Yaoundé, j’attends toujours de la connaître car comme vous le savez, mon co-accusé avait interjeté appel d’un jugement avant-dire-droit. L’affaire en appel a duré 8 mois et c’est le 12 mars dernier que la Cour d’appel du Centre a décidé de nous renvoyer en instance pour la suite du procès. D’après la procédure normale, il faut encore attendre un ou deux mois pour être appelé devant la barre et c’est ce que j’attends depuis lors ».

LES PERSONNES A L’ORIGINE DE CETTE DETENTION ARBITRAIRE

« Vous connaissez le Cameroun puisque vous avez été ici. Vous avez subi presque les mêmes méthodes d’arrestation et vous vous souvenez qu’à l’époque, c’était toujours ceux qui vous ont interpellé, ceux qui veulent confisquer le pouvoir de manière absolue et qui, lorsque vous rêvez d’un Cameroun meilleur, estiment que vous êtes un ennemi, un traître. Il y a des personnes tapies dans l’ombre et ces personnes ne peuvent être que ceux qui m’ont interpellé ainsi que ceux qui ne veulent pas que le Cameroun change. Parce que cela ne s’explique pas qu’après autant de temps, que je ne sois toujours pas jugé. Il y a bel et bien des personnes tapies dans l’ombre qui tire les ficelles, qui manipulent la justice afin que cette procédure ne connaisse pas d’issue. Mais le bon Dieu est là, il ne m’abandonnera pas et mon moral ne sera jamais sapé. Quelques soient les blocages, ils finiront un jour par me juger ».

Sébastien Ebala, après avoir été torturé par les agents SEMIL

VA-T-IL ABANDONNER LE COMBAT APRES LA PRISON ?

En ce qui me concerne personnellement, vous pouvez dormir tranquille. Je garderai toujours la même détermination, la même hargne, parce que je ne fais de mal à personne. Ceux qui estiment que je suis un adversaire pour eux devaient plutôt prendre en compte mes critiques, ma manière de voir les choses et comprendre qu’à l’intérieur du pays, il y a des camerounais qui sont courageux, qui peuvent prendre sur eux, de manière fondamentale, de dire ce qu’ils pensent parce que comme le disait Monsieur Biya lui-même à son arrivée au pouvoir, les Camerounais n’ont plus besoin d’aller au maquis pour exprimer leurs idées et je me suis simplement conformé à ces paroles. Le combat je vais le continuer et rien ne pourra me faire reculer parce qu’en le faisant, je ne fais de mal à personne, je ne vais pas détruire le Cameroun que j’aime si bien mieux que quiconque, j’ai eu des propositions de pouvoir quitter le pays et m’installer là d’autres peuples se sont battus pour construire leur pays, mais je me suis toujours réservé en disant que si mes illustres devanciers tels que Mongo Beti, Ossende Afana, Ruben Um Nyobe, Ernest Ouandie sont morts ici, pourquoi ne le ferais-je pas puisqu’ils ont lutté ici et y ont fait triompher leurs idées. Le problème pour moi est que mes idées triomphent, je ne suis pas là pour faire du mal à qui que ce soit.

RENCONTRE DES LEADERS DE L’OPPOSITION AU SUJET DE LA REFORME DU CODE ELECTORAL

Je ne vais certes pas crier victoire ni sincérité car parmi ces leaders, il y a un qui est fondamentalement sérieux et déterminé dans le sens où il veut voir les choses changer. A ses côtés, j’ai vu des personnages tellement ambivalents tels que Cabral Libii, Joshua Osih et Patricia Ndam. Je ne trouve pas ces derniers sincères car par le passé, certains partis d’opposition leur avaient tendu la main afin d’empêcher la tenue des élections législatives et municipales du 9 février dernier. Malheureusement, ils ont décidé de participer à ces élections. Très peu de Camerounais se battent pour voir le Cameroun avancer, mais certains profitent des idées des autres pour se hisser au sommet. C’est vrai que pour le moment, ces leaders de l’opposition donnent l’impression d’être d’accord mais quand les décisions importantes vont être prises, vous allez entendre des sons divergents, des positions tendant à vouloir plaire au pouvoir. Par exemple, s’il y a une marche qui est prévue au cas où les propositions sorties de cette plate-forme sont rejetées, vous verrez certains brandir leur côté républicain, leur côté patriotique, présentant un autre parti comme un parti incivique, comme un parti qui ne respecte pas la République. Comme je le disais tantôt, je ne trouve pas les 3 leaders suscités assez sérieux et loin de moi l’idée de les juger. En fin de compte, c’est à la jeunesse camerounaise de décider de ce qu’elle entend faire du Cameroun dans les 50 prochaines années.

 

DECES DE GERVAIS MENDO ZE

Il y a un dicton bamiléké qui dit que « l’animal qui a une queue ne peut jamais se cacher ». Je dirai, s’agissant du professeur Gervais Mendo Ze que c’est vrai, on ne se moque pas des morts, c’est un passage naturel pour tout homme sur cette terre mais des anciens collaborateurs de Paul Biya qui sont encore en prison doivent en tirer une leçon et se rendre compte que c’est le système qu’ils ont bâti de leurs mains qui est en train de les broyer. Ils n’ont donc à s’en prendre qu’à eux-mêmes. M’exprimer sur le cas Gervais Mendo Ze c’est en faire un cas particulier car il y a des personnes en détention ici à la prison centrale de Yaoundé mais on n’en fait pas cas sans doute parce qu’elles ne sont pas de la même catégorie sociale que Mendo Ze. Gervais Mendo Ze a été victime de ce système bâti dans la corruption, la criminalisation et l’oppression. Ces victimes de l’Opération Epervier encore en détention doivent prendre le train du changement qui arrive car le cas de Gervais Mendo Ze doit leur rappeler que malgré leur cri, ils ne trouveront aucune grâce auprès du prince.

Propos recueillis par Michel Biem Tong

 

 

 

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